Bagad Sonerien Bro Dreger

Les triplés, au bagad pour la musique et les potes - Perros-Guirec

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Les triplés, au bagad pour la musique et les potes - Perros-Guirec

Erwann, Hervé et Loïc, trois frangins-potes musiciens qui ne passent pas inaperçus.

Le bagad fête ses trente ans. Musiciens emblématiques des Sonerien bro Dreger, Loïc, Hervé et Erwann Dubouays sont fidèles à la tribu depuis près de vingt ans.

Dernier volet de notre série consacrée aux Sonerien bro Dreger, le jour J de la grande fête, ce samedi.

Portrait 3

Non, ils n'ont pas été bercés d'an dro ni de gavottes. Bretonnante, Maman Dubouays (Sylviane pour les intimes) avait bien un pied dans le milieu trad' à la naissance de ses trois p'tits derniers, le 10 mai 1977. Mais pendant leurs dix premières années, les gamins de Trestel étaient plus enclins à taper dans le ballon qu'à souffler dans une bombarde.

La méthode de Paul Larivain

Pourtant quand Raph, l'un des grands frères - ils sont cinq - parade sur la place de Tréguier avec le bagad de Perros, Loïc, Hervé et Erwann rêvent déjà de le rejoindre. Les voilà inscrits au centre culturel Sant-Gwenole. Ils ont 12 ans et des fourmis dans les jambes. Leur prof de musique, Paul Larivain, trouve la parade pour canaliser sa dizaine d'élèves. « Il alternait une demi-heure de musique, un quart d'heure de foot... », se souvient Hervé.

À l'adolescence pourtant, les trois frangins peinent un peu à assumer leur différence. « Au collège, les musiciens trad', on était vus comme des péquenauds. Heureusement qu'on avait des potes avec nous », témoigne Erwann. Et que Sylviane les incite à ne pas lâcher. Alors ils s'accrochent, Loïc au biniou coz, puis à la cornemuse, Hervé et Erwann à la bombarde.

Les années lycées, « la pleine banane »

Viennent alors les années lycées, 92-95, « la pleine banane avec des fest-noz tout le temps », sourit Erwann. C'est l'époque du renouveau de la musique bretonne, du concours interlycées, de leur entrée au bagad... Les p'tits bleus se retrouvent tout de suite sur le devant de la scène. Et embarquent pour leur première sortie officielle, en Irlande.

Très vite, le bagad devient synonyme de copains, de voyages, de sorties... « jusqu'à 30 dans l'été » ! Côté championnat, c'est un peu moins faste. « On faisait partie des 3 P : Perros, Pouldergat et Pluneret. En 3 e catégorie, on finissait toujours derniers ! On avait une médaille à chaque fois. À la fin, ça faisait un vrai jeu de palets ! »

Trop festive et pas assez studieuse, la bande du bagad ? « Non, on bossait vraiment pour essayer d'avoir des résultats », assure Loïc. Pas facile pendant les études. Loïc part à Longwy, Erwann à Annecy puis Grenoble, Hervé à Charleville-Mézières. Des années de « purgatoire » avec, toujours, la conviction de revenir au pays après. Erwann finit même par changer de métier quand il découvre qu'on n'a pas besoin d'ingénieur électro-automobile en Trégor.

« Connus comme le loup blanc »

Aujourd'hui, ils bossent à Pleubian, Lannion, Ploumanac'h. Ont « tous le même code postal » : 22450, Lanmérin, Langoat, Camlez. Rénovent tous les trois une baraque. « C'est pratique pour les coups de main et les outils. » Sont tous les trois engagés dans le milieu associatif, ont « les mêmes goûts, la même taille de fringues, le même problème au ligament genou (c'est génétique), la même correction de lunettes », la même habitude de travailler leurs partitions aux toilettes... Le même plaisir à se retrouver avec leurs potes, surtout lors des fêtes d'anniversaire en commun. « Pour nos 90 ans, on était 200 dans un hangar à Camlez. La fête résonnait jusqu'à Minihy-Tréguier ! »

La discrétion n'est pas leur fort... Ils avouent d'ailleurs être « connus comme le loup blanc dans le milieu des bagadoù ». « C'est normal, au Festival interceltique de Lorient, on part en bordée avec une dizaine de personnes en plus chaque été », argumente Erwann. « Et c'est pas comme si on avait notre langue dans notre poche », reconnaît Hervé.

Saxo, trompette, clarinette

Finalement, ces trois-là ne se taisent que... quand ils soufflent dans un instrument de musique. Après vingt-cinq ans de bombarde, ils ont même opté pour « des instruments avec lesquels on peut jouer tout seul pendant une demi-heure sans avoir la tête en vrac ». En parallèle du bagad, Erwann s'est mis au saxo soprano et Hervé à la trompette puis à la clarinette. Pour une fois, Loïc fait bande à part. « J'ai pas le temps ; j'ai fait des enfants, moi ! » Pas des triplés. Pas (encore) des musiciens, Léonie et Arsène sont trop jeunes. Mais pour le quart d'heure de foot, le p'tit bonhomme de 4 ans est déjà prêt.

Cécile KERNIVINEN
Ouest-France

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